Institutions - 19/03/2019

Tsunekazu Takeda, une sortie par la petite porte

Une page se tourne dans le mouvement olympique japonais. A moins de 500 jours des Jeux de Tokyo 2020, elle n’était ni attendue ni espérée. Elle laisse une zone d’ombre et un lot fourni de questions.

Tsunekazu Takeda, 71 ans, a annoncé ce mardi 19 mars à Tokyo sa démission du comité national olympique japonais (JOC). Une décision forcée par les circonstances. Il est l’objet d’une enquête de la justice française sur des soupçons de corruption dans l’attribution à Tokyo des Jeux d’été en 2020.

L’ancien cavalier, sélectionné Jeux de Munich en 1972 et Montréal quatre ans plus tard, a annoncé sa décision à l’occasion d’une réunion du conseil d’administration du JOC. Mais il devrait rester en fonction jusqu’à la fin de son mandat, au mois de juin 2019.

L’information a été confirmé en milieu d’après-midi, au Japon, par l’agence Kyodo News. Elle cite la gouverneure de Tokyo, Yoriko Koike, jointe au téléphone par Tsunekazu Takeda pour lui faire part de sa démission.

Dans la foulée, Tsunekazu Takeda rend également sa casquette de membre du CIO. Il en était membre depuis 2012. Il en présidait la commission du marketing. Mais le Japonais n’a plus assisté à la moindre réunion de l’institution depuis le début de l’année.

Au Japon, l’affaire fait grand bruit. A 71 ans, Tsunekazu Takeda règne sur le mouvement olympique avec des manières de propriétaire des lieux. Il assure la présidence du JOC depuis 2001. Son actuel mandat est son dixième.

Il aurait dû être son avant-dernier. Le dirigeant japonais avait exprimé son souhait de conserver son siège jusqu’aux Jeux de Tokyo 2020. Une façon de boucler la boucle, après avoir dirigé le comité de candidature.

Jusqu’à ces dernières semaines, sa requête avait été accueillie comme une évidence. Le comité olympique japonais s’apprêtait même à réviser ses statuts, pour en modifier l’article relatif à l’âge limite des membres du conseil d’administration, initialement fixé à 70 ans.

Mais depuis les révélations de son audition par la justice française, en janvier dernier, Tsunekazu Takeda a vu son image et sa réputation, jusque-là impeccables, se froisser comme un vieux veston. Sommé de s’expliquer, il a organisé le 15 janvier une conférence de presse. Elle a duré 7 minutes, pas une de plus, pendant lesquelles le Japonais a lu un communiqué sans accepter une seule question de l’assistance.

Certes, Tsunekazu Takeda a toujours clamé son innocence. Mais la pression a fini par se faire trop forte. L’enquête dont il fait l’objet n’affecte pas seulement le comité olympique japonais. Par ricochet, elle touche les Jeux de Tokyo 2020 et le CIO. Les premiers, comme le second, peuvent difficilement se permettre une telle crise de confiance.

Exit, donc, Tsunekazu Takeda. Le Japonais rejoint le banc de l’infamie du mouvement olympique international, où il retrouvera notamment Lamine Diack, Carlos Nuzman, Frankie Fredericks et Patrick Hickey.

Au Japon, le nom de son successeur n’est pas encore officiellement connu, mais sa silhouette se devine déjà dans les couloirs du comité national olympique. Selon plusieurs sources, le siège présidentiel devrait prochainement être occupé par l’une des légendes du sport national.

Yasuhiro Yamashita (photo ci-dessus), 61 ans, champion olympique de judo chez les poids lourds à Los Angeles en 1984, pointe largement en tête des candidats à la succession. Il préside déjà la commission des sports du JOC. Surtout, il s’est taillé une solide réputation de dirigeant pour avoir su sortir le judo japonais de la crise, en 2013, après les révélations d’agressions de certains des meilleurs combattants du pays par des entraîneurs de l’équipe nationale.

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