Institutions - 04/02/2019

Pendant l’enquête, Takeda peut garder ses casquettes

Le Japon ne plaisante avec la notion de présomption d’innocence. Tsunekazu Takeda peut en témoigner.

Président du comité national olympique japonais et numéro 2 du comité d’organisation des Jeux de Tokyo 2020, l’ancien cavalier est soupçonné par la justice française d’avoir joué un rôle majeur dans une affaire de corruption présumée dans l’attribution des prochains JO d’été à la capitale japonaise. Mais ses collègues du mouvement sportif ne lui tournent pas le dos. Pas encore.

Toshiro Muto, le président de Tokyo 2020, un ancien Premier ministre connu pour peser longuement chacun de ses propos, l’a expliqué via un interprète : « Comme vous le savez, M. Takeda dit qu’il est complètement innocent ». Le Japonais peut donc conserver toutes ses casquettes. Nul besoin pour lui de démissionner.

Pour Toshiro Muto, les choses sont claires comme une ruisseau de montagne : Tokyo a battu Istanbul et Madrid dans la course aux Jeux d’été 2020 car son dossier était supérieur. Le Japonais l’a répété en fin de semaine passée : « L’offre de Tokyo était la meilleure, c’est la raison pour laquelle nous l’avons remporté ». Pas l’ombre d’une tentative de corruption, donc. Le dossier Takeda serait donc creux.

Accusé par la justice française d’avoir autorisé deux versements d’un montant total de 2 millions d’euros à la société singapourienne Black Tidings, directement liée à Papa Massata Diack, Tsunekazu Takeda reconnait avoir approuvé les paiements. Mais il nie en bloc les allégations de corruption.

A l’image du comité d’organisation des Jeux de 2020, le CIO lui conserve également toujours sa confiance. Certes, Tsunekazu Takeda s’est fait porter pâle le mois dernier, pour la réunion à Lausanne de la commission marketing de l’institution olympique, dont il assure la présidence. Au même moment, il tenait une conférence de presse de 7 minutes, chrono en main, dans un immeuble de Tokyo. Mais il conserve son statut de membre du CIO et, avec lui, l’ensemble de ses prérogatives.

Christophe Dubi, le directeur des Jeux olympiques au CIO, était présent en fin de semaine passée à Tokyo. Lui aussi s’est exprimé, au côté de Toshiro Muto, sur le cas Takeda. Il l’a fait avec prudence.

« Nous avons agi fermement », a-t-il assuré en référence à la décision du CIO de se porter partie civile dans l’enquête de la justice française. « Nous avons maintenant besoin d’avoir accès aux éléments, dans leurs détails, pour prendre une décision. »

Christophe Dubi a ajouté : « Nous attendons maintenant que l’enquête progresse et qu’un jugement soit rendu. A l’heure actuelle, nous ne pouvons évidemment pas prévoir où l’enquête va se diriger ».

Hasard du calendrier : la ministre française des Sports, Roxana Maracineanu, était également présente au Japon la semaine passée. Sa visite officielle était sans relation directe avec l’affaire Takeda. Elle était motivée par la volonté de rapprochement et de coopération de la France et du Japon dans la perspective de la Coupe du Monde de rugby 2019 et des Jeux de Tokyo 2020. Mais l’ancienne nageuse n’a pas pu éviter les questions sur le dossier.

Roxana Maracineanu a assuré que la question n’avait pas été abordée par ses interlocuteurs, mais qu’elle était prête à y répondre. « La justice française a fait son travail, nous n’avons pas à interférer », a déclaré la ministre à quelques journalistes français présents à Tokyo.

« Il est bien que la justice française ait mis cette affaire en lumière, a poursuivi Roxana Maracineanu, rappelant que l’enquête avait débuté il y a longtemps. Je suis tout à fait attachée au rôle que porte la France qui est exemplaire en matière d’éthique, de lutte contre le dopage et contre la corruption. »

Tsunekazu Takeda n’est plus apparu en public depuis la mi-janvier. Il n’a pourtant abandonné aucune de ses fonctions.

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