Institutions - 22/01/2019

Pour l’ITU, le drapeau de la discorde

L’affaire n’est pas banale. L’Union internationale de triathlon (ITU) a annoncé via un communiqué, lundi 21 janvier, sa décision de modifier une ligne de son règlement. Elle n’est pas anodine, puisqu’elle concerne l’expression sur les compétition de toute « orientation sexuelle ». Elle était interdite. Elle est désormais autorisée.

Retour en arrière. En novembre dernier, le conseil exécutif de l’ITU se met d’accord pour instaurer sur ses compétitions une règle a priori sans grande conséquence. Elle précise que « les athlètes éviteront de manifester toute forme de propagande politique, religieuse, d’orientation sexuelle ou raciale » sur les compétitions. Le texte interdit notamment la présence de drapeaux arc-en-ciel, l’un des symboles de la communauté LGBT.

Sur le moment, il passe inaperçu. Mais lorsque le site Internet Outsports le découvre, la polémique ne tarde pas à enfler dans la communauté homosexuelle. Le triathlète britannique Jack Bristow (photo ci-dessus), connu pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel l’an passé à l’arrivée d’une compétition à Leeds, lance une pétition en ligne. Elle réclame l’annulation du nouveau règlement.

L’ITU n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué envoyé lundi 21 novembre, l’organisation internationale présidée par l’Espagnole Marisol Casado fait marche arrière toute. « Le conseil exécutif de l’Union internationale de triathlon (ITU) a décidé de modifier immédiatement la règle qui stipule que « les athlètes éviteront de manifester toute forme de propagande politique, religieuse, d’orientation sexuelle ou raciale », de sorte que « l’orientation sexuelle » soit immédiatement retirée », annonce l’organisation.

Visiblement très embarrassée par la tournure des événements, l’ITU précise avoir « toujours défendu l’égalité, l’inclusion et le respect, et n’avoir jamais pris sciemment une décision qui porterait atteinte aux droits et libertés des personnes à s’exprimer et interdirait l’affichage de drapeaux arc-en-ciel. »

Elle explique : « Compte tenu de ce malentendu, l’ITU réexaminera immédiatement la règle pour s’assurer que les droits d’expression des individus continuent d’être pris en compte (…) L’ITU est fière d’être une organisation absolument inclusive depuis sa création, et elle continuera de l’être à l’avenir. »

Interrogé par la BBC, Jack Bristow se dit rassuré. « La question ne se posait pas vraiment avant, du coup je ne sais pas pourquoi ils ont introduit cette règle. Elle semble s’être retournée contre eux. Mais c’est formidable qu’ils aient réagi si rapidement et qu’ils aient été prêts à écouter les commentaires. A l’avenir, nous aimerions que l’ITU s’engage à écouter les triathlètes d’origines diverses avant d’implanter de telles règles. Cela permettrait d’éviter des malentendus malencontreux comme celui-ci. »

Selon plusieurs sources, la décision d’interdire toute manifestation d’orientation sexuelle sur les compétitions aurait un lien direct avec le calendrier des Triathlon Series en 2019. Le circuit mondial doit en effet débuter à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis, où l’homosexualité peut être hors la loi et passible de peines allant jusqu’à l’emprisonnement. L’ITU a démenti une telle explication.

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