Institutions - 14/12/2018

A la piscine, la FINA et l’ISL se rendent coup pour coup

La bataille fait rage dans le monde de la natation. Elle met aux prises une institution plus que centenaire, la FINA, vieillissante mais encore pleine de vigueur, et un nouveau-venu aux poches pleines, l’ISL. Avec, en fond de décor, une guerre des prix dont les nageurs pourraient bien tirer tous les bénéfices.

L’International swimming league (ISL), un projet de circuit professionnel imaginé et piloté par un milliardaire et collectionneur d’art ukrainien, Konstantin Grigorishin, a frappé la première. Elle a annoncé la tenue en décembre d’un meeting à Turin, richement doté et organisé en marge de la FINA. La Fédération italienne de natation lui avait accordé son feu vert. Mais la FINA l’a fait interdire, menaçant de suspension les nageurs tentés d’y participer. Il a été rayé du calendrier.

Trois grands noms des bassins, la triple médaillée d’or olympique hongroise Katinka Hosszu et les champions du monde américains Tom Shields et Michael Andrew, n’ont pas apprécié. Ils ont intenté une action en justice contre la FINA, auprès du tribunal de San Francisco, pour atteinte à la concurrence. Elle est en cours.

Depuis, les deux camps se rendent coup pour coup. Jeudi 13 décembre, la FINA a annoncé depuis Hangzou, en Chine, où se déroulent actuellement les Mondiaux en bassin de 25 m, le lancement l’an prochain d’un nouveau circuit de compétitions. Pompeusement baptisé « FINA Champions Swim Series », il prendra la forme d’une série de trois meetings de trois jours (vendredi au dimanche), sur invitation, organisés entre mars et mai 2019.

Il proposera aux nageurs invités, tous soigneusement triés sur le volet en fonction de leurs états de service (champion olympique et/ou mondial, recordman du monde, numéro 1 au classement mondial), un pactole de 3,9 millions de dollars. Pas mal. Les nageurs invités seront regroupés en équipes de 24 (12 hommes et 12 femmes), aux couleurs d’un continent ou d’une marque.

Commentaire de Julio Cesar Maglione, le président de la FINA : « En créant cette nouvelle compétition pour l’élite, la FINA va donner naissance à un véritable show de la natation, où la présentation des épreuves et la mise en valeur des nageurs constitueront les ingrédients du succès. » Sûr. Précision : les athlètes invités ne percevront pas seulement une prime de résultat, ils seront également remboursés de tous leurs frais de voyage et de séjour.

La riposte de la FINA au projet de l’ISL se veut percutante. Elle l’est, assurément. Mais elle manque un tantinet d’audace. L’institution internationale de la natation se sert de la même arme que son concurrent, l’argent. Elle annonce la création d’un circuit dont les contours et la force de frappe financière ressemblent de très près à ceux proposés par l’ISL.

La réaction de l’ISL n’a pas tardé. Jeudi 13 décembre, au moment où la FINA dévoilait sa dernière trouvaille, elle a annoncé l’organisation dès la semaine prochaine d’un sommet de la natation. Il doit se tenir les 18 et 19 décembre à Londres. Il prendra la forme, inédite dans la discipline, d’un séminaire de deux jours où certains des meilleurs nageurs de la planète seront invités à « réfléchir à l’avenir » de leur sport.

Selon plusieurs sources, leur première initiative devrait consister à la création d’une Association des nageurs, à la façon d’un syndicat destiné à servir et protéger les intérêts de l’élite planétaire.

Une trentaine de grands noms des bassins, passés ou actuels, aurait déjà répondu à l’invitation de l’ISL. Parmi eux, les Américains Lenny Krayzelburg et Jason Lezak, le Britannique Mark Foster, et le Slovène Peter Mankoc. A eux tous, ils « pèseraient » une quinzaine de médailles d’or olympiques et plus de 30 titres mondiaux. Le sommet doit se dérouler à Stamford Bridge, le stade du club de Chelsea.

 

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