Institutions - 20/11/2018

Au CIO, Sheikh Ahmad fait un pas de côté

Est-ce la fin d’une époque au CIO ? Sheikh Ahmad al-Fahad al-Sabah, l’un de ses membres les plus influents, a annoncé lundi 19 novembre suspendre à titre temporaire toutes ses activités au sein de l’organisation internationale. Une décision qui laisse déjà un grand vide, le dirigeant koweïtien étant connu dans l’univers olympique pour cumuler les fonctions à l’infini, sans jamais donner l’impression de courir derrière le temps.

En cause, une affaire aussi surprenante que confuse. Le quotidien suisse Le Temps a révélé, la semaine dernière, que Sheikh Ahmad al-Fahad al-Sabah, 55 ans dont 26 passés dans le costume de membre du CIO, est accusé de faux dans les titres à Genève. L’accusation concerne également quatre complices, dont trois avocats.

Que lui reproche-t-on ? Selon Le Temps, Sheikh Ahmad aurait monté une subtile machination visant à faire porter à l’ancien premier ministre du Koweït et au président du Parlement le chapeau d’un projet de coup d’état.

L’affaire remonte à l’année 2013. A l’époque Sheikh Ahmad aurait fourni des vidéos attestant de la préparation d’un coup d’état. Mais les services de sécurité koweïtiens les croient fausses. De son côté, la justice suisse soupçonne le dirigeant sportif et ses quatre complices, dont trois avocats, d’avoir monté de toutes pièces une procédure d’arbitrage pour leur donner du crédit.

Selon l’acte d’accusation révélé part Le Temps, un juge aurait signé une sentence déclarant que les vidéos étaient authentiques, en échange d’un versement de 10 000 francs suisses (8 700 euros).

Sans grande surprise, Sheikh Ahmad « nie vigoureusement » les faits. Il assure une main sur le cœur que ces accusations sont infondées. Il suggère qu’elles sont « malicieusement motivées par des factions politiques au Koweït. » Il évoque à son tour une machination politique.

Crédible ? La justice suisse tranchera. En attendant, Sheikh Ahmad a choisi de faire un pas de côté. Il a annoncé lundi 19 novembre via un communiqué se « retirer temporairement » du CIO le temps de l’enquête.

« Sheikh Ahmad a toute confiance dans les tribunaux suisses et dans le respect de la procédure impartiale de la commission d’éthique du CIO et il sera totalement exonéré, fait-il savoir dans son communiqué. Il convient de rappeler que Sheikh Ahmad a l’honneur d’être membre du CIO depuis 26 ans et qu’il a bien l’intention de continuer à servir le CIO à nouveau à la première occasion. »

Le dirigeant koweïtien explique également souhaiter être entendu rapidement par la commission d’éthique du CIO.

Sa décision est tout sauf anodine pour l’organisation olympique. Proche de Thomas Bach, dont il a favorisé l’élection en 2013 à la session de Buenos Aires, Sheikh Ahmad n’est pas un membre du CIO tout à fait comme les autres. Il préside la Solidarité olympique, véritable banquier du mouvement, dont les centaines de millions de dollars de budget contribuent à financer, parfois même à maintenir en vie, les comités nationaux olympiques.

Son procès étant annoncé pour le printemps 2019 à Genève, le CIO devra lui trouver un remplaçant apte à assurer l’intérim. Pas simple.

Président de l’Association des comités nationaux olympiques (ACNO), Sheikh Ahmad était censé postuler à sa propre succession lors de l’assemblée générale élective de l’organisation. Elle doit se tenir la semaine prochaine (28 et 29 novembre) à Tokyo. Le Koweïtien est seul candidat pour un nouveau mandat.

Sera-t-il présent dans la capitale japonaise ? Maintiendra-t-il sa candidature ? A ce stade de l’affaire, ces questions restent encore sans réponse officielle. Mais il semble que le Koweïtien se rende à l’Assemblée générale de l’ACNO et postule à un nouveau mandat.

Seule certitude : l’image de Sheikh Ahmad et sa réputation de dirigeant sportif international en ont pris un coup.

Par ailleurs président de l’Association des comités olympiques asiatiques (OCA), il avait déjà mis un genou à terre au printemps 2017 en étant forcé à la démission du comité exécutif de la FIFA. Le Koweïtien avait été mis en cause pour un paiement supposé illégal effectué sur le compte de Richard Lai, l’ex président de la Fédération de Guam de football, convaincu de corruption et de dissimulation de comptes bancaires à l’étranger par la justice américaine.

Dans cette affaire grandement médiatisée, le nom de Sheikh Ahmad n’avait pas été directement cité. Mais l’acte d’accusation désignait comme « co-conspirateur numéro deux » un « haut dirigeant de la FIFA, de la Fédération koweïtienne de football et de l’Association des comités olympiques asiatiques. » Une façon de le montrer du doigt sans le nommer.

Le retrait de Sheikh Ahmad sera-t-il seulement temporaire, comme il le prétend ? L’avenir répondra. Mais la cascade d’abandons dans la course aux Jeux d’hiver 2026 le démontre sans ambiguïté :  CIO peine à se défaire d’une image trouble et d’une odeur de corruption. Il n’a pas besoin d’une nouvelle affaire.

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