Candidatures - 27/09/2018

Allemagne/Turquie, un match flou pour l’Euro 2024

L’année sportive 2024 sera française. Parisienne, pour être plus précis. Mais deux pays se disputent le privilège de partager avec la capitale française l’actualité d’un été qui ne sera pas seulement olympique. Le comité exécutif de l’UEFA doit trancher ce jeudi après-midi à Nyon, en Suisse, entre l’Allemagne et la Turquie pour l’attribution de l’Euro 2024 de football.

Hasard du calendrier, le vote de l’institution européenne intervient au moment même où le président turc, Recep Tayyip Erdogan, entame une visite officielle en Allemagne.

Précision : le scrutin se fera à bulletins secrets. Mais les membres issus des deux pays en lice, Reinhard Grindel pour l’Allemagne, Servet Yardimci pour la Turquie, ne prendront pas part au vote.

Alors, Turquie ou Allemagne ? A en juger par le rapport de la commission d’évaluation de l’UEFA, publié en fin de semaine passée, les Allemands partent assez nettement favoris.

Le document peine à trouver dans le dossier allemand autre chose qu’une succession d’atouts et de mérites. La vision de la candidature est construite sur une approche résolument sociétale, assez tendance dans le mouvement sportif internationale. Elle avance l’idée que « le football peut unifier la société. » Elle suggère que le tournoi européen pourrait laisser « un héritage durable au football européen. »

L’UEFA souligne également la stabilité légendaire de l’Allemagne, où « toutes les structures politiques et de football sont en place, avec une longue histoire d’événements réussis. » Elle insiste aussi sur un autre atout, lui aussi très apprécié en ces temps voués aux économies et au recyclage : le projet allemand repose sur « dix stades existants et opérationnels. » Cool.

En face, la Turquie peut elle aussi bomber le torse. La commission d’évaluation de l’UEFA se félicite d’un dossier basé sur la vision d’un projet qui « non seulement offre aux équipes et aux spectateurs les meilleures conditions, mais rapproche les gens en faisant la promotion du dialogue interculturel grâce à sa position entre trois continents. » Le refrain est connu. Istanbul l’avait joué et rejoué pendant sa candidature, malheureuse, pour les Jeux d’été en 2020. Mais il reste percutant.

Le rapport d’évaluation insiste aussi sur l’impact d’un Euro 2024 qui aurait des effets « économiques et sociaux » pour la Turquie, tout en assurant la promotion « des valeurs telles que l’inclusion, la diversité et l’accessibilité. »

Mais, car il y a souvent un mais lorsqu’il est question du régime turc, l’UEFA s’inquiète des « récents développements économiques dans le pays », susceptibles à ses yeux de « mettre les investissements publics sous pression. »

Nul besoin de lire entre les lignes : l’Allemagne mène au temps intermédiaire. Mais les Turcs le répètent sans lassitude, le rapport d’une commission d’évaluation ne fait pas un vote. Les exemples sont légion de dossiers annoncés battus et finalement vainqueurs. En tête de liste, dans un passé très récent, la candidature de la France au Mondial de rugby en 2023.

A quelques heures du vote, l’Allemagne traîne encore deux boulets susceptibles de ralentir sa marche triomphale. Le premier se nomme Mesut Özil. L’ex international allemand, en retraite de la sélection nationale depuis la désastreuse Coupe du Monde 2018, a provoqué une vive polémique en déclarant avoir été victime de comportements racistes en raison de ses origines turques. Il a même cité nommément le président de la Fédération allemande de football (DFB), Reinhard Grindel, membre du comité exécutif de l’UEFA.

L’autre affaire est plus ancienne, mais elle hante toujours le football allemand. Elle concerne les soupçons de corruption de la candidature de l’Allemagne au Mondial 2006. L’enquête n’a jamais accouché de conclusions évidentes et catégoriques, mais elle a fait tomber plusieurs têtes, dont Helmut Sandrock, l’ex secrétaire général de la DFB.

Allemagne ou Turquie ? Le scrutin pourrait s’avérer plus serré que prévu.

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