Institutions - 28/05/2018

« Nous voulons changer la perception du MMA »

Un nouveau sport olympique? Sait-on jamais. Mais la route reste longue pour le MMA avant de pousser peut-être un jour la porte des Jeux. Un parcours semé d’obstacles pour une discipline victime de l’image d’extrême violence de sa version professionnelle, l’UFC.

Par un arrêté ministériel en date du 3 octobre 2016, les compétitions de Mixed martial arts sont interdites en France. Le CIO, de son côté, ne reconnait pas sa fédération internationale, l’IMMAF (International mixed martial arts federation), engagée depuis plusieurs mois dans un effort d’unification avec l’autre organisation internationale de la discipline, la WMMAA.

Mais l’IMMAF croit en son avenir olympique. Elle a élaboré une patiente stratégie pour les 10 prochaines années. Avec un objectif affiché: les Jeux de Los Angeles en 2028. Son président, Kerrith Brown, l’a expliqué à FrancsJeux.

FrancsJeux: Pourquoi vouloir devenir un jour une discipline olympique?

Kerrith Brown: Le MMA est aujourd’hui le sport individuel qui connaît la plus forte progression dans le monde. C’est formidable et dangereux à la fois. Cette croissance doit être encadrée et maîtrisée. En ambitionnant de devenir un sport olympique, nous nous obligeons à répondre à tous les critères requis par les institutions sportives internationales, dont le CIO et GAISF (ex SportAccord), notamment en termes de gouvernance, de lutte antidopage, de valeurs éducatives… Entrer aux Jeux s’inscrit dans la logique d’un parcours entamé avec la création de l’IMMAF. Nous devons offrir aux nouvelles générations un cadre et un avenir ambitieux.

A quelle échéance situez-vous vos chances de découvrir les Jeux?

Nous avons une vision à long terme: nous espérons débuter aux Jeux de Los Angeles en 2028. Pour trois raisons. Primo, le MMA est très fort aux Etats-Unis, où il est pratiqué dans tous les états. Deuxio, en termes de stratégie, nous aurons sans doute besoin de 10 ans pour aller au bout du processus de reconnaissance. Nous en sommes au début. Les choses prennent du temps. Enfin, la troisième raison est personnelle: avec Densign White, le directeur général de l’IMMAF, nous avons participé comme athlètes aux Jeux de Los Angeles en 1984.

Où en êtes-vous actuellement du processus de reconnaissance par le mouvement olympique?

Nous en sommes au début. La première étape est complexe: nous devons être signataires du code mondial de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Nous le voulons. Nous répondons aux critères. Mais l’AMA nous refuse ce droit. Elle se range à la recommandation de GAISF. Une position que nous jugeons plutôt étrange de la part d’une institution comme l’AMA supposée indépendante. Nous savons que le blocage est purement politique. Mais nous avons entamé une procédure pour le faire sauter.

Quelle genre de procédure?

Nous avons saisi la justice. Nous voulons que le droit soit respecté. Nous voulons être évalués sur des critères sportifs, pas sur des considérations politiques. Si la justice nous donne raison, l’AMA sera contrainte de nous reconnaître. Le processus de reconnaissance par GAISF, puis éventuellement par le CIO, pourra ensuite suivre son cours.

La France a interdit les compétitions de MMA. Allez-vous également entamer une procédure pour faire lever cette interdiction?

Oui. Elle a été ouverte dès l’an passé. Elle sera peut-être longue, mais nous n’abandonnerons pas. En France aussi, le sujet est avant tout politique. Le mouvement d’opposition au MMA est mené par la Fédération française de judo.

Quelle stratégie avez-vous adopté pour faire sauter le verrou français?

Nous agissons à deux niveaux. Nous sommes prêts à utiliser tous les moyens juridiques pour ne pas laisser les autorités françaises empêcher le développement du MMA. Dans le même temps, nous aidons et accompagnons la Fédération française de MMA (CFMMA).

Laura Flessel, la ministre des Sports, ne cache pas sa sympathie pour votre cause. Sa présence aux affaires ne constitue-t-elle pas une opportunité unique? 

Nous l’espérons. Bertrand Amoussou, le président de la fédération française, entretient de bonnes relations avec Laura Flessel. Ils ont collaboré à l’époque où elle était escrimeuse. Laura Flessel est plutôt favorable au MMA. Mais elle n’est pas seule à décider. Elle doit composer avec les nombreuses réticences et oppositions, à la fois dans sa propre administration et dans le mouvement sportif français.

Comment espérez-vous retourner la situation?

Nous devons changer la perception du MMA, surtout dans les institutions et parmi les autorités politiques. Notre discipline a connu un parcours unique, puisque la pratique professionnelle a précédé l’activité amateur. Le sommet a précédé la base. Il nous revient de construire des fondations solides et sûres. Les gens voient seulement la partie professionnelle du MMA, ils ignorent son pendant amateur. Celui-ci est plus contrôlé, notamment sur le plan médical. Les règles sont différentes, tous les coups ne sont pas permis. Le MMA amateur et l’UFC sont deux choses très différentes. Dans sa pratique de base, le MMA peut avoir un réel impact social. En Irlande du Nord, par exemple, la fédération de MMA a accompli un travail extraordinaire pour rapprocher les communautés, proposer aux gamins une activité sportive qui les détourne de la rue, des gangs et de la drogue. Son programme a été mis en avant par le ministère des Sports. Il a même obtenu une subvention.

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