Événements - 01/10/2019

Alberto Salazar, le nouveau pavé dans la mare

Les Mondiaux 2019 à Doha n’avaient vraiment pas besoin d’une telle affaire. Après la polémique sur la chaleur et les critiques sur les tribunes peu remplies, l’événement est victime d’un nouveau coup dur. Cette fois, le Qatar n’y est pour rien.

Alberto Salazar, l’ancien marathonien devenu entraîneur à succès, a été suspendu 4 ans par l’Agence américaine antidopage (USADA). Il est sanctionné pour avoir « falsifié ou tenté de falsifier des procédures de contrôle antidopage » et mis en place « un trafic de testostérone dans le cadre d’un programme de tests en violation des règles » appelé Nike Oregon Project.

Désigné entraîneur de l’année 2013 par l’IAAF, Alberto Salazar a piloté depuis l’Oregon la carrière du Britannique Mo Farah, auteur du doublé 5 000 / 10 000 m aux Jeux de Londres 2012 et Rio 2016, mais aussi des Américains Galen Rupp, double médaillé olympique, et Matthew Centrowitz, le champion olympique du 1 500 m en 2016.

Présent cette semaine à Doha, l’ex marathonien aujourd’hui âgé de 61 ans, originaire de Cuba, s’occupe d’une poignée d’athlètes présents aux Mondiaux 2019, dont la Néerlandaise d’origine éthiopienne Sifan Hassan, sacrée samedi dernier sur 10 000 m (pour sa deuxième course sur la distance), et les Américains Clayton Murphy et Donovan Brazier, présents mardi 1er octobre en finale du 800 m. Le second s’est offert le titre mondial au terme d’un saisissant dernier tour.

Quelques heures après l’annonce de la décision de l’USADA, l’IAAF a confirmé via un communiqué très succinct que son accréditation lui avait été retirée par la Fédération américaine d’athlétisme. Dans le même temps, l’Unité d’intégrité de l’athlétisme a signifié aux athlètes de son groupe qu’ils devraient se tenir à l’écart de leur coach banni jusqu’à la fin des Mondiaux. Sifan Hassan, notamment, est également engagée sur 1 500 m.

Les doutes sur les méthodes d’entraînement d’Alberto Salazar remontent à l’année 2015, lorsque la BBC diffuse un reportage où plusieurs témoins, dont la marathonienne Kara Goucher et un ancien coach du Nike Oregon Project, Steve Magness, lèvent le voile sur certaines de ses pratiques. A l’époque, l’intéressé avait démenti. Mais l’USADA a creusé l’affaire.

L’agence américaine explique avoir entendu une trentaine de témoins, rassemblé « des preuves oculaires, des témoignages, des messages électroniques et des bulletins médicaux. » Le résultat tient dans 5 780 pages de transcriptions. Selon Travis Tygart, le directeur de l’USADA, cité dans un communiqué, « les athlètes ont trouvé le courage de parler et d’exposer finalement la vérité. »

Alberto Salazar est accusé de trafic de testostérone, d’avoir injecté à ses athlètes de l’acide aminé L-carnitine au-delà des doses autorisées, et d’avoir tenté de s’opposer à la collecte d’informations par l’USADA. L’un de ses associés, l’endocrinologue Jeffrey Brown, ponctuellement sollicité par le Nike Oregon Project, a écopé lui aussi d’une suspension de 4 ans.

Sans grande surprise, Alberto Salazar nie en bloc. « Je suis choqué par la décision, écrit-il dans un communiqué. Durant les six années d’enquête, mes athlètes et moi avons enduré un traitement injuste, non éthique et dommageable de la part d’USADA. Je me suis toujours assuré que le Code mondial antidopage soit strictement respecté. Le Projet Oregon n’a jamais et ne permettra jamais de pratique dopante. »

Les athlètes, de leur côté, adoptent des postures différentes. Le soulagement pour Mo Farah (?), la surprise pour Sifan Hissan. « Je suis soulagé que l’USADA ait, au bout de quatre ans, terminé son enquête sur Alberto Salazar. J’ai quitté Nike Oregon Project en 2017, mais comme je l’ai toujours dit, je ne tolère personne qui enfreint ou ne respecte pas les règles », a plaidé le Britannique, désormais spécialiste de la course sur route.

« Je suis sous le choc, alors même que je prépare ma prochaine course (le 1 500 m), a avoué la Néerlandaise. Mais je veux faire remarquer que cette enquête traite de la période avant que je rejoigne le groupe, cela ne me concerne absolument pas. J’étais au courant des investigations, mais j’ai toujours eu la conscience tranquille, sachant que l’on est sous l’étroite surveillance de l’USADA et de l’AMA. Je suis triste que cela se produise maintenant, parce que cela vient perturber mes championnats, mais je vais rester concentrée sur mon objectif : remporter une deuxième médaille d’or mondiale. » Sifan Hassan en a sûrement les moyens. Mais sa victoire entretiendrait le doute.

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