Institutions - 08/08/2018

Une enquête qui en dit long sur la lutte antidopage

La culture de la victoire. La pression. A en croire une vaste enquête nationale menée aux Etats-Unis par l’Agence américaine antidopage (USADA), la tentation de piocher dans l’armoire à pharmacie s’expliquerait ainsi. Gagner à tout prix, pour répondre aux attentes.

Facile ? Peut-être. Mais les réponses compilées par les analystes de l’agence américaine en disent long sur la réalité du dopage, et surtout sur sa perception, chez les athlètes aux Etats-Unis.

L’enquête a été réalisée l’an passé. Elle se voulait la plus vaste et ambitieuse jamais menée sur le sujet. USADA a envoyé un questionnaire à 2 200 athlètes américains figurant sur les listes du haut niveau, donc susceptibles d’être contrôlés en et hors compétition. Au total, 886 d’entre eux ont répondu et renvoyé leur fiche. Parmi eux, 149 sont issus de l’athlétisme, le sport ayant fourni le plus grand nombre de réponses. Précision : les questionnaires étaient anonymes. Mais, détail très américain, les athlètes ayant accepté de participer ont reçu un chèque cadeau de 20 dollars.

Première découverte : les sportifs américains subiraient une intense pression de la part des institutions. Deux tiers des athlètes interrogés (65%) ont assuré se sentir « pressés » par le comité national olympique (USOC) ou par leur fédération nationale pour décrocher une ou plusieurs médailles. Ils ont été 61% à déclarer que les gens s’intéressaient moins à eux après un échec sportif. Pas vraiment un scoop.

Commentaire de Travis Tygart, le directeur exécutif de l’USADA, cité par Associated Press : « Nous devons changer cette culture si nous voulons vraiment rendre le terrain aux athlètes propres. »

En clair, en terminer du culte de la gagne. Pourtant,  surprise, seulement 9% des athlètes ayant répondu au questionnaire avouent être tentés par l’usage de produits interdits, pour diverses raisons, y compris pour suivre les consignes ou recommandations de leur entraîneur.

Autres chiffres, très éloquents sur la fréquence des contrôles dans le sport américain : seulement 7% des sondés reconnaissent avoir été testés plus de 50 fois depuis le début de leur carrière. Mais ils sont 36% à répondre avoir été contrôlés entre 1 et 5 fois. Plus d’un athlète américain sur 3 pourrait donc compter sur les doigts d’une seule main les occasions où il a dû se soumettre à un test antidopage, en compétition ou de façon inopinée. Etonnant.

Enfin, il ressort de l’enquête menée par l’USADA une profonde ignorance des sportifs américains quant à la géopolitique de la lutte antidopage. Interrogés sur leur perception de l’efficacité des programmes antidopage dans le reste du monde, la moitié des sondés (49%) avoue ne pas savoir. A l’évidence, le scandale du dopage en Russie, le rapport McLaren et les efforts de l’AMA pour repousser le fléau ne sont pas parvenus à leurs oreilles. Curieux.

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