Événements - 14/03/2018

Pour Paris 2024, un rapport en trompe-l’œil

Inquiétant ou rassurant? L’avenir répondra. Selon un rapport préparé par un groupe d’experts mandatés par l’Etat, plusieurs sites des Jeux de Paris 2024 présenteraient des risques réels de dépassement de budget, voire de retards dans la construction. Ses auteurs recommandent de prendre des décisions rapides, sous peine de voir le projet partir en dérapage.

Le rapport en question n’est pas encore finalisé. Il devrait être rendu sous une forme plus définitive dans quelques jours à ses deux commanditaires, les ministères des Sports et du Budget. Mais Le Parisien en a obtenu une version intermédiaire. Ses auteurs, une équipe de hauts fonctionnaires issus de l’Inspection générale des finances, de l’inspection générale de la Jeunesse et des sports et du conseil général de l’environnement, ne font pas dans la nuance.

Selon eux, trois dossiers du dispositif de Paris 2024 sont à souligner d’un trait épais. Avec la mention: risque possible, voire probable. Précision: les inspecteurs avaient été mandatés par l’Etat avant même la décision du CIO d’attribuer à Paris les Jeux de 2024, le 13 septembre dernier à Lima. Ils avaient pour mission d’éplucher les comptes et de passer tous les chiffres du dossier de candidature à la moulinette. Par précaution. Une démarche logique et légitime, conforme à la vision d’un événement où les pouvoirs publics vont injecter 1 milliard d’euros.

Premier point rouge: le futur centre aquatique, l’unique nouveau site de compétition construit spécialement pour les Jeux en 2024. Il est prévu sur la commune de Saint-Denis, non loin du Stade de France et du village des athlètes. Sur le fond, rien à dire. Le projet est solide. Il tient la route. Seul ennui: la maîtrise d’ouvrage a été confiée à la Métropole du Grand Paris, mais son financement est assurée par la Solideo, l’organe chargé de livrer les équipements olympiques. Le Parisien précise que ce choix s’inscrit dans le cadre de la loi, le terrain appartenant à la ville de Paris.

Selon le rapport, le nombre important d’intervenants dans un dossier aussi complexe fait courir le risque d’un dépassement des délais. Les inspecteurs envisagent même un scénario, volontiers catastrophe, où le centre aquatique verrait son budget initial multiplié par deux, voire plus, pour atteindre ou dépasser 260 millions d’euros. Le rapport préconise de retirer le dossier à la Métropole pour le confier à la Solideo, jugée plus en prise avec les enjeux olympiques, puisque logée dans des locaux voisins de ceux du comité d’organisation des Jeux de Paris 2024.

Deuxième zone d’ombre: le « cluster » du Bourget, où sont prévus le village des médias et plusieurs sites temporaires, dédiés au badminton, tir et volley-ball. Le rapport estime que la construction d’un ensemble de logements pour les représentants des médias n’est pas une obligation. Il suggère de s’en passer, ou au mieux d’en réduire la capacité . Le site provisoire du volley-ball est lui aussi menacé, en raison de ses coûts jugés hors de propos, à cause notamment de la nécessité de dépolluer le terrain.

Dernier dossier à risque: le village des athlètes (photo ci-dessus). Le rapport avance que sa construction, présentée dans le dossier de candidature comme un poids lourd de l’héritage des Jeux de 2024, cumulerait des « risques majeurs ». Les inspecteurs ne suggèrent pourtant pas de la remettre en question. Mais ils proposent de l’orienter différemment, afin notamment de l’éloigner d’une zone archéologique « susceptible de receler des vestiges. » Sage précaution.

Au premier regard, ce rapport peut sembler alarmant. A l’heure où les Jeux de Tokyo 2020 présentent un budget équivalant au double des prévisions de la candidature, le moindre surcoût est perçu dans l’univers olympique comme un ennemi mortel. A Paris sans doute plus encore que partout ailleurs.

Mais, au-delà des chiffres, la démarche de l’Etat s’inscrit dans la volonté commune des porteurs du projet, pouvoirs publics et mouvement sportif, de rester dans les clous. Le budget des Jeux a été fixé à 6,8 milliards d’euros, organisation et constructions cumulées. Pour Emmanuel Macron comme pour Tony Estanguet, pas question de sortir même un seul pouce du cadre. Quitte à devoir multiplier les rapports avant même le premier coup de pioche.

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