Événements - 05/12/2017

Le CIO frappe sur la Russie mais invite ses athlètes

La date restera historique. A plus d’un titre. Mardi 5 décembre 2017, à 66 jours de l’ouverture des Jeux de PyeongChang 2018, le CIO a frappé. Très fort. Sa commission exécutive a fermé la porte de la prochaine quinzaine olympique à l’un des pays majeurs du mouvement sportif. Elle a suspendu la Russie des Jeux d’hiver de PyeongChang.

La décision était attendue, mais elle a semblé jusqu’au dernier moment ne tenir qu’à un fil. Jamais, en effet, un pays tout entier n’avait été exclu des Jeux pour des faits de dopage. Jamais, depuis sa création, le CIO n’avait accepté de bannir une délégation toute entière, au risque de sanctionner des athlètes propres.

L’organisation olympique a fini par s’y résoudre. Au terme d’une longue journée de discussions à huis clos, la commission exécutive du CIO a opté pour une issue radicale. Elle a pris la décision que le monde entier attendait, mais qu’elle n’avait pas osé choisir pour les Jeux de Rio 2016.

Thomas Bach, le président du CIO, s’en est expliqué. « Il s’agit d’une attaque sans précédent contre l’intégrité des Jeux olympiques et du sport, a-t-il justifié en référence aux manipulations des échantillons d’analyses antidopage orchestrées par les Russes aux Jeux de Sotchi 2014. La commission exécutive a pris des sanctions proportionnées au regard de la manipulation systémique, tout en protégeant les athlètes propres. »

 Le drapeau russe sera absent des Jeux de PyeongChang. L’hymne russe ne sera pas joué. Les athlètes, eux, pourraient y participer. Suivant les pas de l’IAAF, le CIO a annoncé mardi 5 décembre que certains athlètes russes pourraient être autorisés à participer aux prochains Jeux d’hiver. Ils devront se couvrir de neutralité. Ils défileront sous la bannière « athlète olympique de Russie ».

Combien seront-ils? Difficile de répondre. Leur sélection a été déléguée à un panel de quatre personnalités. Deux sont connues: l’ancienne ministre française des Sports, Valérie Fourneyron, présidente de la nouvelle Autorité indépendante de contrôle; et le directeur médical du CIO, Richard Budgett. Les deux autres seront désignées par l’AMA et par l’unité de lutte antidopage de la GAISF (ex SportAccord).

Pour passer entre les gouttes, les athlètes russes devront avoir suivi un programme de contrôles antidopage rigoureux à l’approche des Jeux. Ils devront surtout ne pas avoir été cités dans le rapport McLaren. Sans présager de la suite de l’histoire, il est probable que les patineurs artistiques devraient pouvoir disputer les Jeux de PyeongChang.

Déterminée comme jamais, la commission exécutive du CIO n’a pas seulement suspendu la Russie. La colère de Thomas Bach a également emporté le mouvement olympique russe et ses dirigeants les plus connus. En fin de journée, mardi 5 décembre, le CIO a annoncé les sanctions suivantes:

  • La suspension du comité olympique russe avec effets immédiats.
  • La suspension à vie des Jeux olympiques de l’ex ministre des Sports, Vitaly Moutko, actuel numéro 2 du gouvernement, et de son adjoint, Iouri Nagornykh.
  • La suspension du président du comité olympique russe, Alexander Zhukov, de sa qualité de membre du CIO.
  • La suspension de l’ancien patron des Jeux de Sotchi 2014, Dmitry Chernyshenko, de son statut de membre de la commission de coordination des Jeux d’hiver de Pékin 2022.
  • Enfin, le CIO a annoncé réclamer à la Russie le remboursement des frais d’enquête et une participation au financement de la nouvelle Autorité indépendante de contrôle, soit une enveloppe de 15 millions de dollars.

Reste une question: comment réagira la Russie? Dès mardi 5 décembre, l’agence Reuters a annoncé que la télévision russe ne diffuserait aucune image des Jeux de PyeongChang.

Les athlètes suivront-ils le mouvement? Thomas Bach ne le croit pas. « Un boycott olympique n’a jamais rien résolu, a-t-il expliqué en conférence de presse à Lausanne. Ensuite, je ne vois aucune raison pour un boycott par les sportifs russes, parce que nous autorisons les athlètes russes propres à participer. » Pas sûr que la réponse du dirigeant allemand soit entendue à Moscou.

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