Institutions - 27/09/2017

Le laboratoire antidopage français envoyé au piquet

Un coup dur pour la lutte antidopage française? Oui et non. Mais à coup sûr une mauvaise publicité. L’Agence mondiale antidopage (AMA) l’a annoncé via l’un de ses communiqués dont elle a le secret, sec comme un roseau mort: le laboratoire de Châtenay-Malabry est suspendu à titre provisoire. Oups.

La suspension est effective depuis dimanche 24 septembre. Pourquoi deux jours d’attente pour la rendre publique? Allez savoir. Mais la tenue au cours du dernier week-end, justement à Paris, d’une réunion du Conseil de l’AMA, y est peut-être pour quelque chose.

En soi, la décision de l’AMA n’a rien de dramatique pour le fleuron de l’antidopage français, seul laboratoire accrédité sur le sol français pour ausculter les échantillons urinaires et sanguins de la fine fleur du sport mondial. Une machine à faire tomber les champions (Lance Armstrong, en tête de liste), dont les scientifiques et techniciens ont testé l’an passé environ 13 500 fioles. Sa suspension est seulement provisoire. Surtout, elle ne remet pas en question son sérieux et sa crédibilité.

Il n’empêche, l’affaire fait tache, surtout après la désignation de Paris comme ville-hôte des Jeux en 2024. Dans son communiqué, l’AMA explique sa décision par des « problèmes liés aux analyses », qui aurait été rapportés par le laboratoire lui-même. Selon l’AFP, le problème en question aurait été provoqué par des prélèvements effectués au mois de mai 2017 sur des spécialistes du culturisme. La concentration en stéroïdes de certains échantillons était d’une telle ampleur, jusqu’à 200 fois supérieure à un contrôle positif classique, qu’un robot d’analyse n’y aurait pas résisté. Il aurait perdu la tête et les pédales. Résultat: deux échantillons analysés avec ce robot se sont retrouvés par erreur positifs aux stéroïdes.

Le laboratoire français s’en est rendu compte. Bon élève, il en a informé l’AMA. La suspension est tombée. Elle sera levée, précise le communiqué, aussitôt que l’agence mondiale aura « vérifié que tout risque a bien été éliminé ».

Dans l’intervalle, l’équipe de Châtenay-Malabry risque de trouver le temps long. La suspension, même provisoire, s’accompagne d’une interdiction de mener des analyses antidopage d’un bout à l’autre du processus. Les techniciens français pourront continuer à effectuer des tests, mais leurs résultats seront analysés à l’étranger, dans des établissements agrées par l’AMA et partenaires de l’AFLD.

Un comité disciplinaire indépendant va maintenant étudier le cas du laboratoire français, puis faire des recommandations au président du comité exécutif de l’AMA, Craig Reedie, sur le statut d’accréditation du laboratoire par l’AMA.

Précision de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD): « Aucun sportif n’a été sanctionné à tort. »

Hasard du calendrier: le laboratoire antidopage de Los Angeles, ville-hôte des Jeux de 2028, avait été suspendu lui aussi à titre provisoire en juin dernier. Une suspension levée au bout de 3 mois.

Au ministère des Sports, l’affaire a été prise avec sobriété. Un communiqué de presse laconique, où le ministère « prend acte » de la décision de l’AMA. Et ces mots: « La lutte antidopage, condition essentielle à l’éthique du sport, nécessite de fixer des standards toujours plus élevés et exigeants. Le ministère poursuit la réflexion avec l’AFLD sur la stratégie de moyen terme du laboratoire conjuguant l’objectif que se fixent les autorités françaises de disposer d’un laboratoire de référence et d’un projet d’établissement performant. »

Difficile de faire plus obscur. La « stratégie de moyen terme » consistera-t-elle à augmenter les moyens financiers d’un laboratoire aujourd’hui devenu moins performant dans la recherche? Une partie de la réponse appartient à Laura Flessel, la ministre des Sports.

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