Candidatures - 07/09/2017

Estanguet, le premier violon devenu chef d’orchestre

Révélateur. Mardi 5 septembre, la Mairie de Paris a envoyé aux médias un communiqué de presse relatif au voyage de la délégation française à Lima pour la session du CIO. En tête de paragraphe, le document cite deux noms, pas un de plus: Anne Hidalgo et Tony Estanguet. Les deux noms qui, selon le communiqué, « portent depuis deux ans la candidature de Paris ».

Officiellement, Tony Estanguet partage avec Bernard Lapasset la présidence du comité de candidature. Les deux hommes sont placés à égalité. Chronologiquement, le plus âgé des deux est arrivé le premier dans la place. Il menait seul le navire jusqu’à la session du CIO du mois de juillet 2015, à Kuala Lumpur, où il avait été annoncé aux médias présents que la présidence serait désormais bicéphale.

Dans les faits, Tony Estanguet tient les commandes. Guy Drut, l’autre membre français du CIO, résume le changement: « On l’a pris comme premier violon, il est devenu chef d’orchestre. » Une aubaine pour une candidature française que les échecs passés ont convaincu dès le premier jour de glisser un sportif en tête de cortège. Avec Tony Estanguet, triple champion olympique, Paris 2024 s’est trouvé un leader capable d’incarner sans forcer sa nature un projet sérieux, responsable et authentique. Le Palois l’avait résumé pour FrancsJeux à l’occasion de la dernière Convention SportAccord: « Je veux être évalué sur des choses concrètes, des choses qui marchent, des programmes qui ont été testés et seront renforcés pendant 7 ans ».

Présenté comme un bosseur, « méticuleux » et « rigoureux », Tony Estanguet ne semblait pas prédestiné à devenir le visage et la voix de la candidature. Il l’a fait par petites touches, sans chercher à enfoncer les portes ou à jouer des coudes. De l’avis général, le déclic s’est produit le 17 février 2016, à la Philarmonie de Paris, jour de la présentation du dossier parisien au monde politique, économique et sportif. L’équipe de candidature lui avait confié le premier rôle, le discours final, censé donner le ton et emballer l’assistance. Nerveux en début d’allocution, il gagne rapidement en confiance et en assurance. Ses derniers mots sont accompagnés d’une standing ovation des premiers rangs de l’assistance, dont Manuel Valls, le Premier ministre. « C’était magique », reconnaîtra plus tard Tony Estanguet.

Depuis, la campagne n’a plus jamais inversé la tendance. Face à Los Angeles, où le duo formé par Eric Garcetti et Casey Wasserman a dirigé la manœuvre avec un sens consommé de la communication, Tony Estanguet a composé avec Anne Hidalgo un binôme volontairement plus sobre, mais tourné vers une idée fixe: mobiliser et convaincre. Une obsession que l’ancien athlète ne s’interdit pas d’égayer d’une pincée de fantaisie. Sa passion pour les selfies, notamment, est aujourd’hui légendaire.

 

 

A sa manière, souriante et attentive, précise et tenace, Tony Estanguet a aussi réussi à entraîner avec lui le ban et l’arrière-ban du sport français. Jamais facile, mais indispensable dans un projet où il a été répété sur tous les tons, parfois jusqu’à l’excès, que les athlètes devaient jouer les premiers rôles. « La tête les jambes », résume le biathlète Martin Fourcade, bluffé de ne pas l’avoir vu commettre un seul faux-pas tout au long des longs mois de campagne. « Il est toujours dans le contrôle, avec un besoin incessant de tout préparer dans les moindres détails », analyse Guy Drut. « Sans en faire trop, il s’impose comme un leader », reconnaît le judoka Teddy Riner.

Bernard Lapasset l’a annoncé lui-même au dernier jour de la visite de la commission d’évaluation du CIO, le 16 mai à Paris: « Si nous l’emportons, Tony Estanguet sera président du comité d’organisation des Jeux de Paris en 2024. » Un choix logique. Ecrit d’avance.

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