Institutions - 02/05/2017

L’athlétisme veut faire le tri dans sa malle aux records

L’histoire est en marche. Mais elle déplaît déjà à certains. Réuni depuis vendredi dernier à Paris, le Conseil de l’Association européenne d’athlétisme (AEA) a tranché dans le vif. Il a adopté une proposition de son groupe de travail sur la « crédibilité, formé en début d’année, de faire table rase du passé et remettre à zéro un certain nombre de records d’Europe. Une mesure présentée comme « radicale », mais jugée nécessaire pour restaurer l’image sérieusement écornée de l’athlétisme, de ses performances et de ses champions.

Dans le détail, la résolution du Conseil de l’AEA suggère essentiellement deux nouveautés. La première prévoit que les records seniors « ne peuvent être établis que par des athlètes qui ont subi un certain nombre de contrôles antidopage (nombre à définir) au cours des 12 mois précédents » leur performance. Selon certaines sources, ce nombre pourrait être de 6. Deuxième décision, plus immédiate: « Une partie de l’échantillon suite à une performance de record doit être stockée et retestable pendant 10 ans ».

Commentaire de Svein Arne Hansen, le président de l’AEA (photo ci-dessous): « C’est une solution radicale, c’est certain. Mais les amoureux de l’athlétisme sont fatigués des doutes qui planent sur nos records depuis trop longtemps. Nous avons besoin d’une action décisive pour restaurer la crédibilité et la confiance. »

 

 

En ne sortant pas des limites de l’Europe, la décision de l’AEA aurait des effets réduits. Qui se soucie aujourd’hui réellement, dans le grand public, des records d’Europe? Mais la proposition de l’organisation continentale doit être discutée et débattue, avant une éventuelle adoption, par le Conseil de l’IAAF lors de sa réunion du mois d’août à Londres, en marge des Mondiaux en plein air.

En l’état actuel du projet, Sebastian Coe perdrait son record d’Europe du 1000 m, établi en 1981, une époque antérieure à la systématisation des contrôles. Mais le président de l’IAAF, présent à Paris au cours du week-end pour assister à la réunion du Conseil de l’AEA, se dit pourtant favorable à la réforme. « Il y aura des athlètes, actuellement détenteurs de records, qui penseront que l’histoire que nous réécrivons leur retirera quelque chose, mais c’est un pas dans la bonne direction et si cela se fait de façon structurée, nous aurons alors une bonne chance de retrouver de la crédibilité dans ce domaine », a assuré le Britannique.

Précision importante: l’IAAF conserve les échantillons d’urine ou sanguins prélevés après un record depuis l’année 2005. En se rangeant à la proposition de l’AEA, elle rayerait des tablettes les marques établies avant cette date. Une telle mesure aurait un effet dévastateur dans les tablettes mondiales. Chez les hommes, les records du 1500 m (Hicham El Guerrouj en 1998), 5000 m (Kenenisa Bekele en 2004), 400 m haies (Kevin Young en 1992), et 3000 m steeple (Saif Saaeed Shaheen en 2004) seraient envoyés dans les oubliettes de l’histoire. Même sort pour 3 des 4 records du monde dans les sauts (Mike Powell à la longueur, Jonathan Edwards au triple, Javier Sotomayor en hauteur), et pour tous ceux des lancers (Randy Barnes au poids, Jürgen Schult au disque, Yuriy Sedykh au marteau, Jan Zelezny au javelot).

Chez les femmes, les noms de Florence Griffith-Joyner (100 et 200 m, photo du haut), Marita Koch (400 m), Jarmila Kratochvilova (800 m), Paula Radcliffe (marathon), Yuliya Pechenkina (400 m haies), Stefka Kostadinova (hauteur), Inessa Kravetz (triple), Galina Chistyakova (longueur), Natalya Lisovskaya (poids), Gabriele Reinsch (disque), et enfin Jackie Joyner-Kersee (heptathlon), seraient eux aussi rayés des listes.

Radical, en effet. Et spectaculaire. Dans les rangs des athlètes, la perspective d’apparaître bientôt dans l’histoire comme « anciens détenteurs » d’un record a déjà fait réagir plusieurs grands noms. La Britannique Paula Radcliffe a avoué sur son compte Twitter se sentir « blessée ». « J’ai l’impression que cela entache ma réputation et ma dignité. C’est une manière autoritaire d’effacer des records suspects lâchement, en jetant tout à la poubelle, plutôt que d’avoir le courage de mener des enquêtes et d’annuler tout record reconnu invalide devant une cour de justice. ».

La Suédoise Carolina Klüft, détentrice du record d’Europe de l’heptathlon, a expliqué: « Je trouverais dégoûtant d’être privée de mon record alors que je suis complètement propre. » Le groupe de travail de l’AEA sur la crédibilité, présidé par l’Irlandais Pierce O’Callaghan, ne comptait aucun athlète parmi ses sept membres. Dommage.

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