Candidatures - 06/02/2017

Paris 2024 choisit l’anglais et l’assume

Un slogan en chasse un autre. En février 2016, l’équipe de Paris 2024 s’était choisi un lieu très parisien, la Philarmonie, pour dévoiler son slogan. « La force d’un rêve ». Un message destiné en priorité aux Français, avec l’objectif de les rassembler autour du projet olympique et paralympique.

Vendredi 3 février 2017, elle a préféré un lieu plus universel, la Tour Eiffel, pour afficher en grand et en couleurs (photo ci-dessus) son nouveau slogan de campagne. « Made for sharing ». En anglais. Avec, cette fois, l’ambition de convaincre un nombre nettement plus réduit de personnes, mais à la voix autrement plus décisive: les membres du CIO.

« Made for sharing », donc. Littéralement, « Faits pour partager ». Mais dans son communiqué, envoyé peu de temps après la révélation sur la Tour Eiffel, le comité de candidature suggère une autre traduction: « Venez partager ». Etrange. Les mots diffèrent, l’idée reste la même. Tony Estanguet, le co-président du comité de candidature, l’explique: « Le partage, c’est la façon dont se construit le monde aujourd’hui, un moyen de se connecter avec la jeunesse. Le partage, c’est également l’identité de notre ville, Paris, la capitale du « Sharing ». Le partage s’inscrit dans l’ADN de Paris 2024. »

Douze ans plus tôt, la capitale française avait donné à sa candidature aux Jeux de 2012 une image moins anglophone. Son slogan, « L’amour des Jeux », n’avait pas été traduit. Le résultat du vote, une défaite face à Londres par 4 voix d’écart, n’est pas oublié et son traumatisme pas encore tout à fait effacé. A l’époque, beaucoup avaient jugé la candidature beaucoup trop franco-française. Pas question, cette fois, de répéter les mêmes erreurs. Etienne Thobois, le directeur général de Paris 2024, a expliqué sur France Info: « Ce slogan doit à la fois montrer une vision, autour du partage, autour des passions, mais aussi parler au plus grand nombre à l’international. »

Sans grande surprise, le choix de l’anglais en a froissé certains. Dès le soir de l’annonce, les commentaires se sont multipliés sur la page Facebook du comité de candidature pour contester l’absence du français, pourtant l’une des deux langues officielles du mouvement olympique.

Les porteurs du projet parisien l’assument sans refuser le débat. « On assume complètement, répond Tony Estanguet sur le site de l’Equipe. Aujourd’hui, le meilleur moyen de défendre le français et la francophonie est d’aller gagner, de faire gagner Paris 2024 pour, pendant 7 ans, mettre la France au cœur du monde. Et pour cela, il faut accepter de parler anglais parce que 80% de la famille olympique ne parle que l’anglais ».

Même son de cloche chez Denis Masseglia, le président du CNOSF: « Pourquoi le slogan est-il en anglais ? Why not ? Il est en anglais parce qu’il s’adresse aussi au monde et le monde peut comprendre « Made for sharing ». On ne peut pas mieux exprimer notre envie d’accueillir le monde. »

Co-président de la commission des athlètes de la candidature de Paris, le judoka Teddy Riner enfonce le clou. « Les JO ne sont pas la fête du sport à la maison, dit-il, mais un moment de convivialité avec tout le monde rassemblé dans la plus belle ville du monde. Et puis 80% des membres du comité parlent l’anglais. »

Moins prévisible et très attendue, la réaction de Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La Canadienne se garde bien de verser dans la polémique, préférant retenir la volonté de partage. Elle a écrit sur son compte Twitter: « C’est en français que Pierre de Coubertin amena le monde à partager l’idéal olympique. Saluons Paris 2024 pour des Jeux sous le signe du partage! »

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