Événements - 27/11/2013

L’espion francophone des Jeux de Sotchi

Le compte-à-rebours marquera, jeudi 28 novembre, J – 70 à Sotchi avant le début des Jeux. Au moment où la flamme olympique a quitté la Sibérie pour poursuivre sa route en République de Touva, FrancsJeux s’est penché sur la question de la langue française aux prochains JO d’hiver. Et a interrogé le Français Christophe Sevessand, un ancien skieur et vététiste. Déjà impliqué dans la production de la présentation de Jeux de Vancouver 2010 et Londres 2012, il sera le seul producteur francophone – et français – des quinzaines olympique et paralympiques de Sotchi 2014.
FrancJeux : A moins de trois mois de l’événement, la situation aux Jeux de Sotchi concernant la place de la langue française est-elle comparable à celle des Jeux précédents à pareille époque ?
Christophe Sevessand : Mes seuls repères pour répondre sont les Coupes du Monde utilisées l’hiver dernier comme comme tests pré-olympiques. Le français y était carrément absent. Mais il en était de même à Londres lors des mêmes épreuves. Pour des raisons essentiellement budgétaires, le choix de ne pas investir et prendre en compte le français avait aussi été fait. Pour les Jeux, tout sera différent.
Quelles actions menez-vous pour que la place du français soit respectée à Sotchi ?
Je suis un producteur sous contrat avec le SOCOG. J’interviens sur le tard, sans aucun moyen de pression ou de lobby pour défendre ou faire respecter la place du français. Mais au sein de mon département, Sport Production, puis sur le site de biathlon où je dirige la production, je peux donner mon avis et surtout veiller à ce que l’usage du français se fasse dans un phrasé approprié et avec la terminologie adaptée. Je garde un œil sur les contenus vidéos à destination des écrans géants sur les sites. J’ai plus un regard « d’espion » avec une possibilité de choix éditoriaux.
Comment travaillez-vous avec les Russes sur cette question ?
J’ai pu faire des recommandations après les tests de l’hiver dernier. Je serai à plein temps sur le site à partir de janvier. Mais, à quelques semaines de l’événement, je ne pourrai plus intervenir pour corriger le tir. Je serai forcé de construire ma production avec les éléments qui me seront mis à disposition par le Comité d’organisation … Et de faire avec !
Et avec le CIO ?
Le CIO reste très distant de notre travail, car celui-ci est purement du ressort de l’organisateur. A l’exception de la préparation des cérémonies de médailles, nous n’avons pas coutume d’avoir le CIO comme interlocuteur direct. Néanmoins, au final, le CIO reconnait volontiers que l’éducation, l’excitation et l’engagement du public dans un stade est catalysée (ou pas !) par notre travail sur la production de la présentation du sport et la présentation des cérémonies.
Êtes-vous confiant ou inquiet quant à la sauvegarde du français comme langue officielle des Jeux ?
Les deux ! Je suis inquiet car j’ai pu vivre la différence entre Vancouver 2010 et Londres 2012. Certes, le Canada peut être vu comme une exception. Le français est dans la loi de ce pays et tout y est largement bilingue. A l’opposé, les Britanniques ont proposé le service minimum en ce qui concerne les contenus en français dans les stades. Rien que pour les annonces, cela s’est très souvent résumé à ce triptyque : annonce de bienvenue, cérémonies et annonce de fin de session ou de journée. Les contenus à destination des écrans géants étaient uniquement en anglais. Mais, en même temps, je suis confiant car le français fait partie de l’histoire des Jeux olympiques. La langue française devrait être vue comme un support permettant à l’organisateur de se hisser à la dimension planétaire. De mon point de vue, un événement atteint une dimension internationale lorsqu’il est capable de s’exprimer dans plusieurs langues majeures, dont celles du pays organisateur. Et là, les efforts et le savoir-faire des francophones sont à prendre en exemple.

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